Fabuler (avec) les yeux fermés

Je présentais — en tremblant — ma première conférence sur les morts ; ce fut une belle réussite!

séminaire de l’erg 2013 : Vinciane Despret from erg on Vimeo.

Rencontre lors du séminaire annuel de l’ERG: Narration spéculative,
ayant eu lieu les 13, 14 et 15 mars 2013, aux Halles de Schaerbeek, Bruxelles

Les histoires vont bien au-delà de l’idéologie. En cela réside notre espoir. Donna Haraway

Présentation des organisteurs:

Le séminaire Narration spéculative propose, en rassemblant une multiplicité de disciplines et d’approches, d’explorer les effets et potentialités de la mise en tension de ces deux termes qui ont partagé une dévalorisation similaire, disqualification dans le champ de l’art contemporain pour l’un, et dans l’histoire de la philosophie pour l’autre. Depuis quelques années, ils ont, dans différents domaines, à la fois esthétiques, philosophiques et politiques, déployés de nouvelles positivités donnant l’occasion de densifier les forces de la narration.

La pensée spéculative, telle que nous essayons d’en hériter, tente d’articuler trois gestes : affirmer l’importance de l’invention de propositions fonctionnant comme des «appâts pour des sentirs» (Whitehead) ; opposer à la logique du probable, la création de possibles ; démultiplier les perspectives, à la fois humaines et non-humaines.

Nos manières de raconter le monde forment, dès lors, autant d’appâts pour ses métamorphoses qu’il s’agit d’activer dans le présent, de rendre perceptible, en le chargeant des virtualités de ce qui pourrait être. Ce qui implique, en retour, l’engagement spéculatif comme pensée des conséquences, et non utopie ou imaginaire projetés sur le présent.

Faire bégayer le réel, fabuler de nouveaux rapports à l’histoire, aux histoires, aux archives, élargir le spectre, jusqu’à des formes de science-fiction, de culture populaire, de pratiques disqualifiées. Multiplier et intensifier les types de modèles narratifs possibles, fabriquer des personnages, des mythes, faire émerger de nouveaux mondes reliés qui nous déconcertent.

La narration acquiert, dans ce contexte, un rôle actif qui se base sur l’expérimentation et la production de récits comme forces propositionnelles afin de déplacer la noirceur écrasante d’un monde trop bien décrit, de trouver des ruses, de jouer, en retournant inlassablement à notre pratique, en trébuchant, en affirmant la nécessité de créer de nouvelles manières de raconter.

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4 réflexions au sujet de « Fabuler (avec) les yeux fermés »

  1. Merci pour cette conférence dont aucun mot ne peut traduire ce qu’elle fait remuer en moi ! J’aime le tricot, maman aimait le crochet ! D’un à l’autre il y a bien un fil, mais peut-être, en ce moment pour moi, une sorte de point (poing) de ne pouvoir mettre en mots, clarifier, partager comme vous le faites le chemin d’un deuil d’une dame , ma mère. J’alterne le tricot pour ma petite fille et écriture. Le sens me vient dans le désordre d’une narration de jeune écolière, mais j’y prends plaisir dans ce temps donné de la retraite ! Encore un tout grand merci.

    • Merci à vous. Savoir ou plutôt apprendre, car en fait, rien n’est jamais gagné, et cela ne va pas sans dire, que la philosophie peut rencontrer la vie, sous toutes ses formes, car c’est bien de cela qu’il s’agit, c’est de retrouver la vie, en la tricotant ou en la crochetant, en la racontant et en l’écrivant pour être au plus près de sa possibilité de retour, c’est à chaque fois un cadeau.

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